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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 13:29

Quelque part dans Paris, à la caisse d'un Franprix. Transformée en automate, une caissière s'arrête soudainement devant un produit et lâche interrogative, avec un soupçon d'envie dans la voix : "Ce doit être bon ?" Le client, dont le caddie déborde de produits alimentaires divers et variés, lui accorde un sourire pour toute réponse. Après tout, la jeune femme, détentrice sans doute d'un CDD (Contrat à Durée Déterminée) d'une poignée d'heures par semaine payées au lance-pierre, n'est pas là pour parler avec le client estimera son patron. Le plus intéressant est que le produit sur lequel elle a posé son regard et qui a entraîné sa remarque n'est qu'un dessert lacté, certes original, mais dont le prix est juste un peu plus élevé que la moyenne des produits de cette famille. 

 

En effet, elle n'a pas flashé sur le dernier sac Lancel ou la dernière paire de chaussures Sergio Rossi, en passant devant une vitrine, non. Elle s'est juste interrogée à voix haute sur la qualité gustative d'un dessert qui vaut moins de dix euros. Mais à ce prix là, pour une personne dont le salaire mensuel ne s'élève qu'à quelques centaines d'euros, c'est évidemment un dessert qui lui est strictement interdit. Et pourtant, cette caissière travaille et remplit parfaitement sa tâche. Le Tribun entend déjà tous ceux qui, à la lecture de cet article, vont se demander s'il ne fait pas pour une fois quelque peu dans le mélo en contant cette tranche de vie quotidienne. Mais cette dernière n'est-elle pas contraire une parfaite illustration de l'injustice qui caractérise la société actuelle ou le fric a décidément une odeur tenace ? 

 

Beaucoup penseront, avec raison, qu'il y a toujours eu au fil des siècles ceux qui se goinfraient sans retenue, leurs revenus, gagnés honnêtement ou pas, leur permettant d'accéder à tout ce qui est proposé sur le marché, et puis les autres, les plus nombreux, cantonnés, souvent à vie, uniquement dans le bas de gamme. Ces "privilégiés" avaient - ils ont - pour eux d'être soi disant "plus forts" que les autres, "plus intelligents", "plus entreprenants", "plus doués" pour des "métiers à fric" ... et puis ils ont fait des études plus longues nous répéte-t-on à longueur de journée, ce qui s'avère inexact dans pas mal de cas. Est-ce pour autant que leur part du gâteau doit être parfois si élevée, trop élevée, au point d'en devenir totalement indécente ? Est-il acceptable dans un pays soi disant "moderne" et "civilisé" - ce mot a-t-il encore un sens dans une société qui privilégie le fric - qu'un joueur de football, aussi doué soit-il, puisse encaisser autant d'argent pour en fait "jouer à la baballe" environ deux fois par semaine, durant 90 minutes, exercice physique que beaucoup d'animaux de différentes espèces sont capables d'effectuer avec encore plus de brio et de talent et ... gratuitement, juste pour le plaisir ?

 

Durant le même temps, l'immense majorité de la population exerce quantité de métiers, dans le plus grand anonymat, mais souvent avec intelligence, talent, enthousiasme, pour un salaire dont le montant est d'environ 1 à 2 smic, sans parler de tous ceux, de plus en plus nombreux, dont les revenus sont inférieurs à ce salaire minimum. Or beaucoup de ces gens, qui forment ce que l'on appelle parfois péjorativement le "peuple", s'ils ne contestent nullement l'existence de grilles de salaires, admettent de moins en moins que celles-ci illustrent de plus en plus l'injustice de cette société. Beaucoup de ces gens qui, à l'image de cette caissière de Franprix, n'ont pas ou peu accès à ces "petits plaisirs" qui pontuent joliment la vie, ne rêvent pas de luxe, détrompez-vous. Ils souhaiteraient juste pouvoir vivre décemment. Mais il semble que le personnel politique, celui d'hier comme celui d'aujourd'hui, ne parviennent pas à percevoir cette envie profonde, trop occupés qu'ils sont à défendre leurs intérêts et celui d'un capitalisme sans foi ni lois, ou si peu. 

 

C'est d'autant plus dérangeant quand on sait que ce "nouveau" - enfin pas si nouveau pour beaucoup d'entre eux - personnel politique qui gouverne - le mot est sans doute trop fort - la France depuis le printemps dernier, comporte quelques ministres qui se targuent d'être issus du peuple, et même de la classe ouvrière, mais qui, depuis déjà quelques années, se sont fort bien glissés dans de nouveaux habits, moins "prêt à porter", et fréquentent davantage quelques-uns des plus beaux quartiers de Paris comme les Vème, VIème et VIIème arrondissements, esquissant ainsi l'embryon d'une nouvelle gauche caviar. "Tristement humain" penseront certains. Reste à savoir pendant combien de temps encore la caissière du Franprix se contentera de dire "ce doit être bon". Tout comme un thermomètre, le ras-le-bol comporte des degrés. Les symptômes d'un mal profond sont déjà perceptibles. Curieusement, la capacité d'endurance de ce "bon peuple" semble être plus grande qu'avant, sans doute en raison de tous les garde-fous créés ces dernèires décennies pour contenir ses accès de fièvre. Mais qu'on le veuille ou non, celle-ci n'est pas illimitée. 

 

Le Tribun en colère

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Le Tribun en Colère - dans société
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