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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 12:25

Etonnés d'observer l'émergence soudaine d'émeutes violentes dans différentes grandes villes du Brésil ? Des émeutes dont des participants cassent des vitrines et pillent des magasins. Curieux qu'aucun journaliste ne parle alors de "casseurs", comme si cela était "normal" dans un pays en développement - on dit "émergent" aujourd'hui comme pour faire mieux - au contraire d'un pays industrialisé comme la France. Est-ce à dire qu'il existerait différents types de casseurs ? Certes, on trouvera toujours des individus qui cassent le bien d'autrui uniquement pour le plaisir de casser, au Brésil comme en France. Pour autant, émeutiers et casseurs ne sont-ils pas animés par une même colère ? Or quand elle atteint des sommets, celle-ci ne conduit-elle pas à des excès, voire des drames ? N'est-ce pas alors un peu facile de parler de casseurs, histoire de ne pas vouloir évoquer des maux plus profonds de nos sociétés modernes ? 

 

Donc globalement, nous sommes en présence de personnes en colère, tant au Brésil qu'en France, ou dans bien d'autres pays. Mais si en France, l'augmentation rapide du chomage et la baisse du pouvoir d'achat, peuvent expliquer cette colère, somme toute encore limitée et qui s'exprime à l'occasion d'événements particuliers, au Brésil, elle semble inattendue, comme "sortie de nul part", du moins si l'on se réfère à toutes les conneries que l'on peut lire dans la plupart des médias depuis plusieurs années et aux analyses non moins connes de beaucoup d'économistes qui baillent littéralement devant le Brésil. Il faut dire que le "pantin" Lula, le docker issu d'une famille modeste devenu en 2003 le Président du Brésil - un scénario qui plaît aux masses toujours prêtes à déifier l'un des leurs, comme si c'était inscrit dans les gênes de l'espèce humaine - y a beaucoup contribué.

 

Que n'a-t-on entendu et lu sur le Brésil durant ces dix dernières années! Et tous les économistes les plus en vue et les plus écoutés, surtout les plus invités dans les télévisions et les radios du monde entier, de s'extasier depuis des années sur la croissance du Brésil, tout comme ils s'extasient de celle de la Chine. Donnez leur un bon taux de croissance à tous ces analystes de salons éloignés des réalités et vous les verrez jouir instantanément, sans pour autant se soucier de ce qui se passe RÉELLEMENT au-delà de ce seul indicateur économique. Parlez leur de l'humain, du quotidien de dizaines de millions de gens au Brésil, et dans bien d'autres pays soi-disant "en bonne santé", et vous les verrez se "palucher" frénétiquement sur le mot croissance. Peut-on leur en vouloir pour autant puisqu'ils n'ont appris que cela d'une discipline qui se targue honteusement d'être une science, alors qu'elle n'en a aucunement les caractéristiques, si ce n'est quelques horipeaux ? 

 

D'où l'incompréhension de beaucoup d'être humains aujourd'hui face à ce "réveil" brésilien. "Merde, ils ont la croissance, mais que veulent-ils de plus", se disent les citoyens de nombreux pays comme la France où la croissance est attendue comme le Messie. Ne leur répète-t-on pas chaque jour qu'avec la croissance, l'emploi va revenir et mettre à mal le chomage ? Schéma tristement classique, le seul que connaissent les hommes et femmes politiques. Navrant n'est-ce pas ? Mais alors, est-ce à dire que la croissance ne serait pas la panacée dans cette société "mondialisée et en réseau" (ça fait toujours sérieux de dire ou d'écrire "mondialisée" et "en réseau". Chez nos politiques, c'est bien souvent la crème Chantilly d'un discours relativement inodore et sans saveur) ? Là encore, nous aurait-on menti ? Et les émeutes du Brésil, mais aussi de la Turquie, et d'autres pays dont on ne parle pas encore, ne seraient-elles que l'expression d'une colère profonde face à ce mensonge généralisé ? 

 

Ces émeutes brésiliennes surprennent d'autant plus, en particulier tous ceux dont les quelques neurones s'abreuvent aux immenses déversoirs "contrôlés" que sont les médias, que le Brésil fait partie de ces fameux BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Cinq grandes puissances émergentes qui se réunissent chaque année - une sorte de G5 - et qui, selon le FMI, mais faut-il le croire cet organisme laquais d'un capitalisme sans foi ni lois, devraient assurer 61% de la croissance mondiale à l'horizon 2015. Et revoilà notre "amie" la croissance! Cette sorte de fée à laquelle on nous demande tous de croire, les uns en bénéficiant, soi-disant, comme les pays qui constituent les BRICS, les autres l'attendant désespérement, comme on attend Godot dans la pièce de Samuel Beckett, ou tentant vainement de la retenir quand elle n'est pas encore totalement partie. C'est affligeant de connerie!!! Alors certes les BRICS connaissent la croissance, tout comme certains pays du continent africain à propos desquels il est de bon ton de s'extasier aussi.

 

Mais au-delà de cette croissance, si l'on gratte un peu ce vernis "économique", que trouve-t-on ? Misère, grande pauvreté, populations dénutries, injustice sociale .... Ah oui, désolé, ça gâche le tableau idyllique que l'on nous impose quotidiennement. Mais c'est pourtant la réalité, non caricaturée. Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner que le Brésil commence à s'enflammer. Et sans doute n'est-ce qu'un début. Certes ce pays, comme d'autres, enregistre un taux de croissance à faire saliver beaucoup de ses homologues européens. Et après ? Où va-t-elle cette croissance, à qui profite-t-elle ? Là est la vraie question, celle qu'évitent systématiquement tous les politiques et les économistes qui ne tarissent pas d'éloges pour le Brésil et les autres BRICS. A croire qu'ils n'ont jamais vu les méga-bidonvilles qui enserrent les grandes villes brésiliennes, là où la misère est endémique depuis si longtemps que l'on ne se souvient même plus quand tout cela a commencé. Lula a servi de paravent pour escamoter subtilement ce vrai visage du Brésil pendant des années. Il est donc logique aujourd'hui que le peuple demande des comptes, à l'occasion de la préparation d'une Coupe du monde de Football qui n'est qu'un paravent de plus. Alors ouvrez les yeux, vous ne vous en sentirez que mieux. 

 

Le Tribun en colère

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Le Tribun en Colère - dans International
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