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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 12:46

Quand dans un pays, la police ou l'armée en vient à tirer sur des manifestants pacifiques, entraînant ainsi la mort de plusieurs dizaines, voire de plusieurs centaines d'entre eux, comme à Mexico, place des Trois Cultures, le 2 octobre 1968 ou à Pékin, place de Tian'anmen, le 4 juin 1989, tout le monde reconnaît qu'il s'agit d'un massacre, même si certains intellectuels ne cessent de débattre autour de la notion de massacre. Cela dit, du côté des hommes politiques français, diplomatie oblige, les réactions de certains sont souvent longues à venir. L'exercice de la diplomatie causerait-il parfois des "constipations" passagères ? Ainsi au lendemain du massacre de Mexico, perpétré dix jours avant l'ouverture officielle des Jeux Olympiques d'été, aucun responsable du gouvernement de l'époque, celui de Maurice Couve de Murville, ne vint à s'émouvoir de cette effroyable tuerie qui fit au moins 300 morts en plein coeur de Mexico, alors que ce même gouvernement qui s'était mis aux abonnés absents en ce début octobre 1968 n'avait pas hésité à se faire entendre le mois d'août précédent lors de l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie. Comme c'est beau de toujours faire référence aux droits de l'homme, mais uniquement quand cela vous arrange!

 

Un massacre de ce type, même s'il n'a pas eu la même ampleur, la police française en a perpétré un au soir du 17 octobre 1961. L'un de ces massacres si sordides que l'on cherche aussitôt à en effacer toutes les traces. Ce soir là, plusieurs dizaines d'hommes, peut être davantage, personne ne sait vraiment comme toujours en pareil cas, originaires d'Algérie, perdirent la vie, pour certains jetés à la Seine, comme au Pont Saint-Michel, suite à la manifestation pacifique organisée par le FLN. Tout cela réalisé de main de maître, le préfet de Paris d'alors étant le tristement célèbre Maurice Papon, qui avait déjà montré de quoi il était capable durant la Seconde Guerre mondial, ce qui néanmoins ne l'empêcha pas de devenir ministre du Budget du Gouvernement de Raymond Barre en 1978, sans doute pour "services rendus" ... qui sait ? Pendant des années, le secret fut bien gardé et personne, ou presque, n'évoqua plus cette effroyable soirée, du moins au grand jour. Jusqu'a ce que Jean-Luc Einaudi publie en octobre 1991, soit trente ans plus tard, son ouvrage intitulé La bataille de Paris. Depuis, des archives ont été ouvertes et étudiées. Progressivement la polémique s'est amplifiée, notamment entre historiens. 

 

Mercredi dernier, 51 ans après ce massacre, François Hollande, qui avait déjà déposé une gerbe au pont de Clichy, l'année dernière, à la mémoire des Algériens jetés dans la Seine, cinquante ans plus tôt, a marqué le souvenir de cet événement tragique en publiant le communiqué suivant : "Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l'indépendance ont été tués lors d'une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un an après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes". Aussitôt, Christian Jacob, le chef de file des députés UMP a déclaré qu'il était "intolérable de mettre en cause la police républicaine et avec elle la République toute entière". Francois Fillon a ajouté : "J'en ai assez que tous les quinze jours la France se découvre une nouvelle responsabilité, mette en avant sa culpabilité permanente. On est déjà dans un pays en dépression nerveuse quasi permanente, on n'a pas besoin de ça!" Autrement dit, circulez, y'a rien à voir. Ah oui ? Mais souffrez monsieur Fillon que certains Français, qui aiment leur pays, cherchent à connaître son (leur) histoire, à comprendre certains faits trop longtemps "effacés" officiellement. Et quand bien même cette connaissance devrait-elle écorner l'image de certains personnages politiques français de l'époque, y compris celle du général de Gaulle, la vérité doit être connue de tous. 

 

L'ancien premier ministre en a assez que "la France se découvre une nouvelle responsabilité". Mais ce soir du 17 octobre 1961, n'y a-t-il pas eu des hommes, Algériens, qui ont été tués et jetés à l'eau par des policiers français ? La répression violente durant les jours suivants, en particulier sur les gens parqués notamment dans le Palais des Sports, et qui a conduit à d'autres morts, la police française n'en est-elle pas responsable ? Oui monsieur Fillon, la France a une responsabilité dans la mort de ces gens. Et qu'importe leur nombre, que l'on ne connaîtra jamais. C'est le fait lui-même qui est monstrueux. Cela dit, on comprend les réactions "outrées" de Jacob, Fillon et leur clique, héritière de ceux qui dirigeaient alors la France. Parce que la seule question qui vaille, c'est de savoir si les plus hautes autorités de la France de l'époque étaient au courant ou pas. Autrement dit, si le Président de la République, le général de Gaulle, et son Premier Ministre, Michel Debré, savaient ou ont su, et à quel moment, se qui s'est réellement passé ce soir du 17 octobre 1961. Une chose est certaine, beaucoup de parisiens ont su, très rapidement, et le bouche à oreilles à bien fonctionné. Il suffit de les interroger. Beaucoup se souviennent et, en tout cas, savaient qu'il s'était passé quelque chose d'atroce, sans pour autant en connaître tous les détails sordides. Or dans ce cas, est-il raisonnable de penser que ni le Général de Gaulle, ni Michel Debré, n'ont été informés des faits et de leur gravité. Alors pourquoi ce silence sur ce crime d'Etat ? L'UMP risque-t-elle d'avoir "mal à son de Gaulle", l'homme du 18 Juin 1940, si la vérité venait un jour à être faite sur ce soir du 18 octobre 1961 ? 

 

Le Tribun en colère

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Le Tribun en Colère - dans histoire
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